La Perlière de Zolie Création : des pierres, du savoir-faire et désormais des outils numériques
À Troyes, La Perlière de Zolie Création conjugue depuis 40 ans bijoux, pierres et savoir-faire artisanal. Reprise en 2021 par Virginie Petremanne, la boutique a depuis engagé une transformation numérique progressive pour renouveler sa clientèle, mieux faire connaître ses différentes activités et, surtout, permettre à l’artisane de consacrer davantage de temps à son métier. Une démarche que Virginie a choisi de présenter au Trophée de l’artisan des Trophées du Numérique 2026.
Quand une boutique historique se réinvente en ligne
Avant de devenir commerçante et artisane, Virginie Petremanne était biochimiste. En parallèle de son activité professionnelle, elle lance en 2019 sa micro-entreprise de bijoux fantaisie, Zolie Création, et participe à des marchés de Noël et de créateurs. Peu à peu, l’envie d’en faire son métier s’impose.
Après sa démission, le hasard accélère les choses : dès le lendemain, Virginie découvre l’annonce de la vente d’un fonds de commerce de bijouterie à Troyes. Quelques jours plus tard, elle rencontre les propriétaires de La Perlière. En juin 2021, elle reprend cette boutique qui compte alors déjà 35 ans d’existence et associe son propre univers à son nom historique.
Elle hérite d’une clientèle fidèle et d’une adresse connue des Troyens, mais la présence numérique de la boutique ne correspond pas encore à la nouvelle activité. Le site web met essentiellement en avant les créations des anciens propriétaires. Sur le web, tout ou presque reste donc à reconstruire pour présenter les trois facettes de La Perlière : la création de bijoux et le sur-mesure, la vente au détail de pierres et de perles, ainsi que la réparation et la transformation de bijoux.
Dans une boutique de 20 m² ouverte six jours sur sept, le défi est de taille. Virginie est seule pour créer, réparer, conseiller, vendre, gérer les commandes… et communiquer.
Une transformation numérique, pierre après pierre
Plutôt que de tout bouleverser d’un coup, Virginie construit sa transformation numérique progressivement. Une démarche faite d’essais, d’apprentissages, mais surtout de rencontres.
En 2022, elle travaille avec Lorène Vautier sur son identité visuelle. Un nouveau logo est créé et un audit permet également d’harmoniser les informations disponibles en ligne, notamment les coordonnées et les horaires hérités de l’ancienne activité.
En 2025, le chantier s’accélère. Virginie se forme au référencement avec Lauriane Paslawski, de Prismeo Stratégie, pour apprendre à structurer les contenus de son site web, mieux présenter ses métiers et comprendre les mécanismes de visibilité sur le web. La même année, Julie Libralato, de JUMA Communication, entreprend la refonte esthétique du site sous Wix. Plus cohérent avec l’univers de La Perlière de Zolie Création, celui-ci devient progressivement le point d’ancrage de sa présence numérique : services, commandes spécifiques, ateliers, cartes cadeaux et contenus éditoriaux s’y retrouvent.
En juin 2026, Aline Nguyen rejoint à son tour l’aventure pour accompagner Virginie dans l’animation d’Instagram et Facebook. L’objectif n’est plus simplement de publier des photographies de bijoux, mais de raconter ce qui se passe derrière la vitrine : les créations en cours, les réparations, les gestes de l’artisane et la vie de la boutique.
Ces quatre professionnelles ont un point commun : elles sont implantées localement. Un choix qui doit beaucoup aux réseaux professionnels que Virginie a progressivement construits, notamment au sein de Créez Comme Elles.
« Je choisis mes prestataires comme mes pierres : sur un coup de cœur qualitatif », résume-t-elle.
Quand le numérique redonne du temps au geste
Autour de ces accompagnements, Virginie s’est constitué une véritable boîte à outils numérique.
Wix accueille le site et permet notamment de gérer des paiements et certaines commandes. Canva accompagne la création des supports visuels. CapCut facilite la production vidéo. Notion est devenu un outil partagé avec Aline pour organiser le calendrier éditorial et préparer les contenus. Virginie utilise également ChatGPT et Claude pour l’aider à structurer et rédiger certains textes, descriptions ou futurs contenus éditoriaux.
Le résultat le plus parlant ne se mesure d’ailleurs pas seulement en vues ou en abonnés. Il se mesure en heures.
Avant de déléguer une partie de l’animation de ses réseaux sociaux, Virginie consacrait environ une heure par jour à photographier et publier ses créations et réparations, soit près de sept heures par semaine. Depuis juin 2026, elle estime ce temps à environ une heure trente par semaine.
Ce sont ainsi près de cinq heures et demie qui lui sont rendues chaque semaine pour créer, réparer et accueillir ses clientes.
Dans le même temps, les réseaux sociaux gagnent en visibilité. Sur Facebook, les contenus de La Perlière ont enregistré 46 000 vues sur les 90 jours précédant le 12 septembre 2026 (date de l’interview!), soit une progression de 247 %, ainsi que 2 800 interactions, en hausse de 197 %. Sur Instagram, la boutique a dépassé le cap des 1 000 abonnés, une progression qui lui a notamment valu une proposition de partenariat avec un acteur important de la fourniture de matériel pour bijoux.
Surtout, la présence numérique joue désormais pleinement son rôle de porte d’entrée. Des personnes découvrent La Perlière en ligne avant de téléphoner ou de se rendre en boutique. Une évolution particulièrement importante pour une adresse qui reposait historiquement sur le bouche-à-oreille et le passage en centre-ville.
Le numérique comme vitrine, pas comme substitut
Cette transformation a aussi conduit Virginie à revoir certaines ambitions. Elle avait notamment imaginé vendre toutes ses créations uniques sur Internet. Mais gérer simultanément une pièce disponible en boutique et en ligne crée un risque de double vente et nécessite une organisation spécifique des stocks.
Plutôt que de transformer La Perlière en site e-commerce à tout prix, elle a choisi une approche adaptée à la réalité de son activité. Le numérique soutient le commerce physique et l’artisanat au lieu de leur imposer son fonctionnement.
Cette réflexion se poursuit aujourd’hui avec de nouveaux projets : développement du blog, lancement d’une newsletter, premiers catalogues sur Pinterest, future carte de fidélité dématérialisée et amélioration progressive de la gestion des stocks et du suivi client.
La transformation n’est donc pas terminée. Et c’est peut-être ce qui la caractérise le mieux : elle avance par étapes, en fonction des besoins réels de la boutique.
40 ans, et toujours des projets dans les cartons à bijoux
Les 40 ans de La Perlière, célébrés fin août 2026, auraient pu constituer l’aboutissement de cette transformation. Virginie préfère y voir une étape. Fin octobre, elle célébrera également les cinq ans de sa reprise.
En quelques années, l’ancienne biochimiste devenue artisane a appris à manier de nouveaux outils, à déléguer certaines tâches et à s’entourer de spécialistes, sans chercher à transformer son métier pour le faire entrer de force dans un modèle numérique.
Le digital lui sert d’abord à montrer ce qu’elle sait faire, à créer du lien avant même la première visite et à libérer du temps une fois la porte de la boutique franchie. Car derrière les écrans, l’essentiel reste inchangé : écouter une histoire, choisir une pierre, réparer un bijou chargé de souvenirs ou imaginer une pièce qui n’existe nulle part ailleurs.
Le numérique ne fabrique pas les bijoux de La Perlière. Mais il permet à Virginie de consacrer davantage de temps à celle qui sait les fabriquer.
Propos recueillis par Eden Clairicia

