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Truxelo passe la vitesse supérieure : du prototype à la route

Un an après une première participation aux Trophées du Numérique, Truxelo est de nouveau nominé dans la catégorie startups. L’occasion de mesurer le chemin parcouru par ce logiciel de gestion conçu pour les PME du transport routier.

Son objectif n’a pas changé : fluidifier toute la chaîne de gestion du transport, de l’exploitation à la facturation, en passant par les conducteurs, les documents et les preuves de livraison.

Moins de ressaisies, moins de documents égarés et une information qui circule plus facilement : la promesse reste la même. Mais depuis les premiers prototypes, une étape décisive a été franchie. Truxelo est désormais commercialisé et confronté quotidiennement aux contraintes bien réelles de l’exploitation transport.

Du constat terrain au passage à l’échelle

L’histoire de Truxelo commence par une frustration très concrète.

Avant de cofonder l’entreprise, Nathan Cossard travaille dans l’exploitation du transport puis dans la gestion de projets informatiques. Il observe alors des équipes compétentes contraintes de jongler en permanence entre e-mails, tableaux Excel, appels téléphoniques, documents papier et logiciels métier.

Le problème ne vient donc pas nécessairement d’un manque d’outils. Il vient plutôt de leur accumulation et de leur manque de connexion.

Un ordre de transport reçu par e-mail peut être ressaisi dans un tableau ou dans un logiciel, puis communiqué au conducteur par téléphone, SMS ou papier. Une fois la livraison réalisée, les bons et lettres de voiture peuvent revenir plusieurs jours plus tard sous forme de photographie, de message ou de document physique.

À l’exploitation ensuite de retrouver les informations, de les rapprocher et de vérifier que le dossier est suffisamment complet pour être facturé.

À petite échelle, chacune de ces opérations peut sembler anodine. Répétées tout au long de la journée, elles représentent pourtant des ressaisies, des recherches de documents et des relances qui éloignent progressivement les équipes de leur cœur de métier.

Pour vérifier que cette expérience n’était pas un cas isolé, l’équipe échange avec plus de 80 professionnels du secteur. Plusieurs transporteurs acceptent ensuite d’ouvrir leurs portes, de montrer leurs méthodes de travail et de tester un premier prototype.

C’est à ce moment que la démarche exploratoire, initialement menée sous le nom de NaviTrust, devient véritablement Truxelo.

Un an plus tard, Truxelo n’est plus seulement une promesse

Lors de sa première nomination aux Trophées du Numérique, Truxelo était encore en phase de pré-lancement. Trois entreprises pilotes testaient alors la solution et le lancement officiel était annoncé pour le premier trimestre 2026.

Le projet affichait déjà l’ambition de digitaliser le cycle de gestion du transport, de la prise de commande jusqu’à la facturation.

Depuis, une étape essentielle a été franchie : le lancement commercial a eu lieu et le logiciel est désormais utilisé sur de véritables opérations de transport.

En 2025, il fallait démontrer qu’une plateforme plus simple pouvait répondre aux besoins des petites structures. Aujourd’hui, l’enjeu est différent : faire de cette simplicité un outil suffisamment robuste pour s’intégrer durablement dans le quotidien d’une entreprise de transport.

Et c’est probablement là que se situe l’un des principaux enseignements du projet : digitaliser une PME du transport ne consiste pas simplement à lui apporter davantage de fonctionnalités.

L’enjeu est au contraire de réduire le nombre de ruptures entre les différentes étapes du travail.

Relier la route à la facturation

Le cœur du projet numérique de Truxelo tient dans cette continuité.

L’objectif n’est pas d’ajouter un logiciel supplémentaire à ceux que les transporteurs utilisent déjà, mais de reconnecter des informations qui restent encore trop souvent dispersées entre plusieurs outils, plusieurs supports et plusieurs personnes.

Dans Truxelo, un ordre de transport peut devenir une mission, être transmis au conducteur, revenir avec sa preuve de livraison puis poursuivre son chemin jusqu’à la préparation de la facturation, sans obliger les équipes à recréer à chaque étape une information déjà connue.

Le principe est simple : une donnée saisie au début du processus doit pouvoir suivre le transport jusqu’à sa conclusion.

La preuve de livraison illustre particulièrement bien cette logique.

Une prestation peut être physiquement terminée alors que son traitement administratif ne l’est pas encore. Tant qu’une lettre de voiture, un bon de livraison ou une information manque, le dossier peut rester en attente.

En intégrant ces éléments au même flux que la mission, Truxelo permet aux équipes de distinguer plus facilement ce qui est terminé, ce qui reste incomplet et ce qui peut poursuivre son chemin vers la facturation.

La philosophie du produit pourrait finalement se résumer par une phrase entendue à plusieurs reprises sur le terrain : les transporteurs ne cherchent pas « un logiciel de plus ». Ils veulent surtout arrêter de courir après les informations pour pouvoir faire leur métier et facturer.

Une innovation moins spectaculaire qu’opérationnelle

Le marché du transport routier n’a évidemment pas attendu Truxelo pour se numériser.

Les TMS, logiciels de facturation, outils de télématique, applications conducteurs et plateformes métier existent déjà depuis longtemps.
La différence recherchée par Truxelo ne consiste donc pas à prétendre réinventer chacune de ces fonctions séparément.

Elle se situe davantage dans leur continuité et dans leur accessibilité pour des PME qui doivent souvent composer avec plusieurs outils spécialisés, parfois peu connectés entre eux.

L’ambition est de réunir dans un même environnement les étapes indispensables du quotidien, tout en restant suffisamment simple pour être utilisé par une organisation qui ne dispose ni d’une grande équipe informatique ni de plusieurs mois à consacrer au déploiement d’un nouveau système.

À mesure que les processus du transport se dématérialisent et que les outils métier doivent davantage communiquer entre eux, cette capacité à faire circuler une information fiable d’une étape à l’autre devient progressivement aussi importante que les fonctionnalités elles-mêmes.

Le numérique n’apporte alors de valeur que lorsqu’il supprime une rupture plutôt que lorsqu’il ajoute une couche supplémentaire.

Entre prototype et produit, quelques virages nécessaires

Passer d’une bonne idée à un logiciel réellement utilisable n’a pourtant rien d’automatique.

C’est même l’un des principaux enseignements tirés par les trois cofondateurs.

Au début du projet, l’équipe reconnaît avoir sous-estimé la différence entre développer une fonctionnalité et la rendre réellement utilisable au quotidien dans une exploitation.

Le code ne suffit pas.

La qualité des données, les habitudes de travail, la formation, le vocabulaire utilisé dans les écrans ou encore l’accompagnement lors du déploiement jouent un rôle tout aussi important.

Truxelo a également cherché, dans un premier temps, à répondre à trop de cas particuliers.

Avec l’expérience, l’équipe a appris à davantage standardiser le produit et à commencer par les flux essentiels plutôt qu’à multiplier les fonctionnalités.

C’est une évolution importante par rapport aux premières ambitions du projet.

La priorité est aujourd’hui moins d’accumuler les possibilités que de vérifier que chaque fonctionnalité proposée retire réellement une étape, une ressaisie ou une contrainte aux utilisateurs.

Le produit se construit donc avec celles et ceux qui l’utilisent.

Les transporteurs pilotes ont challengé les écrans, le vocabulaire ou encore l’ordre des actions. Une manière pour les trois cofondateurs de concevoir leur logiciel depuis le bureau d’exploitation, le quai et la cabine du conducteur plutôt que depuis le seul bureau des développeurs.

L’adoption, l’autre moteur du projet

Cette confrontation au terrain a également mis en évidence une dimension essentielle de tout projet numérique : le facteur humain.

Un conducteur peut craindre qu’un nouvel outil devienne un dispositif de surveillance supplémentaire.

Un exploitant peut redouter qu’un logiciel rigidifie des habitudes construites avec l’expérience.

Un dirigeant peut hésiter face à la migration des données, au temps de formation nécessaire ou au risque de perturber une organisation qui, même imparfaite, fonctionne.

Truxelo a donc fait le choix de ne pas procéder par déploiement « big bang ».

L’équipe part des pratiques existantes, choisit un flux prioritaire, implique un référent métier puis teste le logiciel avec de vraies données et de vraies missions.

L’objectif est que chaque profil puisse rapidement percevoir un bénéfice concret : moins d’appels ou de recherches d’informations pour le conducteur, une vision plus claire pour l’exploitant et un chemin plus fluide vers la facturation pour le dirigeant.

Cette approche a d’ailleurs réservé une surprise à l’équipe.

Alors qu’elle pensait initialement que la valeur de Truxelo serait surtout perçue par les dirigeants grâce au suivi de l’activité et à la facturation, elle a constaté que les équipes terrain pouvaient devenir les premières ambassadrices du logiciel dès lors qu’il supprimait réellement des appels, des doubles saisies ou des recherches de documents.

Une leçon qui résume assez bien le passage du prototype au produit : un logiciel métier n’est véritablement adopté que lorsque l’utilisateur ressent ce qu’il lui enlève avant même de penser à ce qu’il lui ajoute.

Prochaine destination : le cockpit digital des PME du transport

Le lancement commercial ne marque donc pas l’arrivée, mais une nouvelle étape.

Truxelo veut désormais rendre ses déploiements plus rapides, plus standardisés et plus facilement mesurables, en ciblant notamment les PME disposant de 10 à 49 véhicules.

Côté produit, l’équipe poursuit la continuité entre la mission, la mobilité conducteur, les documents, la facturation et le pilotage de l’activité.
Elle travaille également autour des enjeux de facturation électronique et de connexion avec les autres outils du secteur.

Cette capacité d’interconnexion devient progressivement centrale.
À mesure que la gestion du transport se dématérialise, le véritable enjeu n’est plus seulement de numériser chacune des étapes indépendamment, mais de permettre aux informations de circuler entre elles sans recréer les mêmes ruptures sous une forme numérique.

L’ambition tient en une image : faire de Truxelo le « cockpit digital » des PME du transport, capable d’accompagner l’information du quai jusqu’à la facturation.

Un chemin qui illustre aussi l’évolution du projet depuis sa première candidature aux Trophées du Numérique.

Truxelo est passé d’une solution testée par quelques entreprises pilotes à un produit lancé commercialement et utilisé sur des opérations réelles.

Mais l’expérience a surtout fait évoluer la manière dont ses fondateurs envisagent le numérique.
Une innovation réussie n’est pas nécessairement celle qui ajoute le plus de technologie ou de fonctionnalités. C’est parfois celle qui enlève suffisamment de ruptures, de ressaisies et de contraintes pour finir par se fondre naturellement dans le quotidien.

Comme le résume Nathan Cossard :
« Notre objectif n’est pas que les transporteurs utilisent davantage de logiciels. C’est que l’information circule suffisamment bien pour qu’ils puissent davantage se concentrer sur leur métier. »