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Champagne Mathieu prend de la hauteur : le drone au service d’une viticulture plus durable

Candidat au Trophée de l’agriculteur, le Champagne Mathieu mise sur une technologie qui pourrait bien transformer le travail dans les vignes : le drone. L’exploitation champenoise expérimente son utilisation pour réaliser les traitements viticoles plus rapidement et en toute sécurité, tout en limitant leur impact environnemental. Derrière ce projet se trouve une conviction portée par son dirigeant, M. Jacob : les outils numériques et technologiques peuvent accompagner une viticulture plus écologique, sans sacrifier son efficacité ni l’humain.

Un projet qui redécolle après plusieurs années en suspens

L’histoire commence en 2019. Sollicité par la Chambre d’agriculture de l’Aube, le Champagne Mathieu accepte de participer à une expérimentation consacrée à l’épandage par drone, menée sous l’égide notamment des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, de l’Anses et de la DGAC. Seulement trois domaines participent alors à l’expérimentation en France et Champagne Mathieu est le seul en Champagne.

Pour M. Jacob, l’intérêt est évident. Le dirigeant se définit comme un « écologiste pragmatique convaincu » et voit dans le drone une réponse concrète à plusieurs problématiques de la viticulture : la sécurité des salariés, l’efficacité des traitements, leur coût et leur impact environnemental.

Mais l’expérimentation s’arrête en 2021 après un recours administratif. Le projet aurait pu en rester là. Le Champagne Mathieu décide pourtant de ne pas l’abandonner.

Il faudra attendre plusieurs années pour le voir reprendre son envol. En 2026, l’évolution de la réglementation française permet de relancer l’expérimentation. La Chambre d’Agriculture de l’Aube est partenaire du projet, en détachant un ingénieur stagiaire pour la collecte des résultats des expérimentations, le CIVC (comité interprofessionnel des Vins de Champagne) porte une attention particulière à ce dossier.

Quand la technologie survole les vignes

L’intérêt du projet ne réside pas uniquement dans le remplacement d’un tracteur par un appareil volant. Le drone concentre plusieurs technologies numériques qui changent la manière de préparer et de réaliser les interventions.

Cartographie des parcelles, programmation informatique et guidage RTK sont notamment mobilisés. Le Champagne Mathieu a même installé une antenne Centipède sur l’un de ses bâtiments pour permettre un positionnement précis. Les vols sont préparés et programmés, tandis que les données générées participent également à l’amélioration de l’outil. Les logs de vol peuvent ainsi être transmis au fabricant et exploités pour faire évoluer les configurations.

Cette transformation passe aussi par les compétences. Deux salariés du Champagne Mathieu ont suivi une formation afin de devenir télépilotes, avec plusieurs examens théoriques et une épreuve pratique. Une évolution de leur métier qui illustre l’approche retenue par l’entreprise : automatiser une tâche sans supprimer l’emploi, mais en sécurisant le travail et en développant de nouvelles compétences.

Le déclic est d’ailleurs venu des salariés eux-mêmes. Habitués aux tracteurs enjambeurs, ils ne s’attendaient pas à obtenir une telle efficacité de pulvérisation avec un drone évoluant à environ trois mètres du sol.

Trois fois plus d'hectares traités par jour

Sur le terrain, les premiers résultats mettent en évidence plusieurs avantages.

Le premier concerne le débit de chantier. Le drone peut traiter environ 30 hectares par jour, contre 10 hectares avec un tracteur. Cette rapidité présente notamment un intérêt après des précipitations : le drone peut intervenir sans avoir à faire circuler un engin lourd dans les parcelles.

La différence se joue aussi sous les pieds. L’absence de passage d’un tracteur permet d’éviter le tassement des sols. À cela s’ajoute le fonctionnement électrique du drone, qui se substitue à l’utilisation d’un tracteur thermique pour l’intervention concernée, ainsi qu’un niveau sonore limité, appréciable pour le voisinage.

Autre enjeu majeur : la sécurité. L’utilisation du drone réduit l’exposition directe des salariés aux produits appliqués. L’opérateur pilote et supervise l’intervention sans avoir à se trouver au cœur de la zone traitée.

Quant à la qualité de pulvérisation, elle a constitué l’une des bonnes surprises du projet. Les essais ont montré, selon le Champagne Mathieu, une qualité comparable à celle obtenue avec des équipements terrestres beaucoup plus lourds et techniquement élaborés.

Un investissement qui change l’équation économique

L’innovation présente également un intérêt économique. Champagne Mathieu a investi 23 000€ HT dans le drone, auxquels s’ajoutent environ 8 000€ consacrés à la formation. À titre de comparaison, l’entreprise évalue à environ 50 000€ l’investissement dans un équipement de pulvérisation classique.

Le coût n’est donc pas anecdotique, mais l’équation doit aussi intégrer le débit de chantier et l’entretien limité du drone. Pour l’exploitation, technologie, écologie et performance économique ne sont ainsi pas nécessairement contradictoires.

Le projet a par ailleurs nécessité un important travail préparatoire. Il a fallu sélectionner un drone adapté aux usages agricoles et viticoles, identifier un revendeur compétent, obtenir les autorisations nécessaires (deux mois d’attente pour un coût de 6000€), former les deux salariés et choisir les parcelles d’expérimentation. Le Champagne Mathieu travaille également avec la Chambre d’agriculture de l’Aube et le CIVC pour accompagner et évaluer ces nouveaux usages.

Du drone à l’IA, la viticulture regarde déjà plus loin

Le traitement des vignes ne constitue cependant qu’une première étape. Le Champagne Mathieu explore déjà d’autres applications du drone. Des essais concernent notamment la lutte contre le gel et la détection des maladies.

Cette dernière piste pourrait donner une nouvelle dimension numérique au projet. L’objectif envisagé serait d’utiliser l’intelligence artificielle pour détecter des maladies pendant le passage du drone, potentiellement en parallèle d’autres opérations. Le sujet pourrait notamment ouvrir la voie à des travaux avec des établissements d’enseignement supérieur tels que l’UTT.

Au-delà du drone, le Champagne Mathieu a d’ailleurs engagé plus largement sa transition numérique. L’exploitation utilise le guidage des tracteurs et des procédés numériques de contrôle des traitements, protège ses systèmes et son réseau de communication et s’appuie sur différents canaux numériques pour sa communication et son activité commerciale : site internet, Facebook, Instagram, WhatsApp, YouTube ou encore vidéo.

Faire décoller une viticulture de progrès

Pour le Champagne Mathieu, l’enjeu dépasse finalement la seule performance d’une machine. Le dirigeant estime que l’usage des drones devrait progressivement se généraliser en viticulture, notamment avec l’apparition de prestataires spécialisés. Une évolution qui devra cependant s’accompagner d’une bonne maîtrise du cadre réglementaire et, selon lui, d’un encadrement de la qualité des prestations.

Après sept années marquées par l’expérimentation, l’arrêt du projet puis sa relance, Champagne Mathieu voit aujourd’hui le drone comme un symbole de la viticulture à venir. Une viticulture dans laquelle le numérique n’est pas une fin en soi, mais un outil pour concilier performance, environnement et conditions de travail.