CaPr : un site web moins gourmand pour un numérique plus responsable
Consultante et formatrice aux usages numériques et collaboratifs, Caroline Pruvost a candidaté au Trophée du numérique responsable avec un projet directement inspiré de ce qu’elle défend auprès de ses clients : choisir des outils adaptés aux besoins réels plutôt que multiplier les technologies. Son projet associe ainsi un site statique, un formulaire conçu avec Grist et une automatisation avec n8n. Une façon de rendre sa propre présence en ligne plus sobre, tout en conservant les fonctionnalités dont elle a réellement besoin.
Alléger son site plutôt qu’empiler les extensions
À travers son activité CaPr, Caroline Pruvost accompagne notamment les associations, les collectivités et les professionnels dans leurs usages numériques et collaboratifs et leurs démarches de numérique responsable. Une activité qui l’amène naturellement à s’interroger sur les outils utilisés, leur pertinence et leur impact.
Cette réflexion a fini par concerner son propre site web. Celui-ci reposait jusque-là sur WordPress. Une solution très répandue et efficace, mais qui peut devenir surdimensionnée pour certains usages. Au fil du temps, les extensions peuvent s’accumuler pour gérer les formulaires, le consentement ou encore les interactions avec les visiteurs.
Sur son propre site, Caroline Pruvost utilisait ainsi plusieurs modules tels que User Feedback, WP Consent API, Axeptio ou encore WPForms. Autant de briques ajoutées à WordPress pour répondre à des besoins précis, mais qui contribuent également à complexifier l’ensemble.
« Ce qui m’agace le plus, ce sont les failles de sécurité possibles et le fait que cela puisse devenir une usine à gaz, pas forcément adaptée au besoin d’un simple site vitrine », explique Caroline Pruvost.
Plutôt que de considérer WordPress comme un passage obligé, elle décide donc de repartir du besoin. Son objectif : conserver un site agréable et réactif tout en réduisant les moyens techniques nécessaires à son fonctionnement.
Plusieurs éléments vont accélérer la réflexion : le développement par Mycorhize Consulting d’une offre autour de Grist, des échanges avec Emilie Lechevalier de Vivre Low Tech et la perspective de proposer ce type de solution à une cliente. Un peu de disponibilité au début de l’été permet finalement de passer de l’idée à la réalisation.
L’enjeu est aussi une question de cohérence : la présence numérique de Caroline Pruvost doit refléter la sobriété qu’elle promeut dans ses accompagnements.
Faire plus léger sans perdre en efficacité
La solution retenue repose sur un principe relativement simple : une partie du site devient statique, c’est-à-dire constituée de pages HTML qui n’ont pas besoin de s’appuyer en permanence sur un système de gestion de contenu et une base de données pour être affichées.
Ce retour à une architecture plus légère ne signifie pas pour autant revenir aux sites rudimentaires des débuts du Web. Un template permet de conserver une présentation moderne et la charte graphique de CaPr a pu être adaptée facilement.
Le choix présente également un intérêt économique. Avec son nom de domaine chez Infomaniak, Caroline Pruvost peut mettre en ligne ces pages statiques sans ajouter de frais d’hébergement spécifiques.
« C’est une révolution pour les TPE et les autoentrepreneurs qui ne veulent pas avoir de frais. Ce n’est pas spécialement mon cas, mais moi, c’est la sobriété qui m’intéresse », souligne-t-elle.
Le projet montre surtout qu’un site vitrine n’a pas systématiquement besoin d’une architecture complexe. Pour Caroline Pruvost, le choix de la technologie doit intervenir après l’analyse du besoin, et non l’inverse.
Grist et n8n : le formulaire change de moteur
Alléger le site ne devait cependant pas conduire à renoncer aux interactions avec les visiteurs. C’est là qu’interviennent deux autres briques du projet : Grist et n8n.
Grist, outil open source permettant notamment de structurer des données et de publier des formulaires, prend en charge la collecte des informations transmises depuis le site. Ces données peuvent ensuite être traitées grâce à n8n, une solution d’automatisation qui assure notamment l’envoi des courriels liés au formulaire.
Ce fonctionnement permet à Caroline Pruvost de remplacer, sur cette partie du site, plusieurs fonctionnalités auparavant assurées par des extensions WordPress. Plutôt que d’ajouter des modules les uns aux autres, elle construit une chaîne plus directement adaptée à ses besoins.
L’intérêt est double : réduire le nombre de composants techniques mobilisés et mieux maîtriser le chemin parcouru par les données.
Cette architecture participe également à la réflexion sur la cybersécurité. En réduisant l’exposition d’un back-office WordPress sur la partie vitrine, Caroline Pruvost limite certains risques associés aux extensions et à leur maintenance.
Le projet devient ainsi un terrain d’expérimentation grandeur nature. Avant de proposer cette approche à d’autres structures, elle peut la tester sur sa propre activité, en observer les avantages et en identifier les limites.
WordPress n'est pas rayé de la carte
La sobriété ne consiste toutefois pas à supprimer un outil simplement parce qu’une solution plus légère existe. Caroline Pruvost avait une exigence : conserver son blog et les commentaires laissés par ses visiteurs.
Plutôt que de tout reconstruire, elle a donc choisi une architecture hybride. Les pages vitrines passent en statique tandis que WordPress reste utilisé pour ce qu’il sait particulièrement bien faire : gérer le blog. Celui-ci demeure accessible depuis le menu du site.
Cette décision illustre la philosophie générale du projet : ne pas chercher une technologie unique capable de tout faire, mais utiliser chaque outil là où il apporte réellement de la valeur.
Cette approche comporte aussi des contraintes. Modifier un texte reste accessible, mais une évolution plus importante de la structure d’une page peut nécessiter de repasser par la compilation HTML. Pour éviter de perdre des changements effectués entre deux versions, une gestion de versions a donc été mise en place.
Pour Caroline Pruvost, cette contrainte doit être prise en compte dès le départ. Une structure qui opte pour un site statique doit prévoir une petite montée en compétence si elle souhaite rester autonome dans la modification de ses contenus.
La sobriété numérique passe d’abord par les bonnes questions
Au-delà de la technologie, la démarche défendue par Caroline Pruvost repose sur une idée : avant de choisir un outil, il faut savoir précisément à quoi il doit servir.
« Je pense qu’il ne faut pas aller trop vite vers un site WordPress, mais passer par une vraie analyse des besoins », résume-t-elle.
Pour un site vitrine composé de quelques pages et d’un formulaire, déployer un CMS complet n’est donc pas nécessairement la réponse la plus pertinente. À l’inverse, les besoins éditoriaux d’un blog peuvent pleinement justifier son utilisation.
Le projet met ainsi en pratique une forme de sobriété numérique qui ne consiste pas à se priver d’outils, mais à éviter le suréquipement. Caroline Pruvost applique d’ailleurs cette logique dans le choix de son environnement et de ses fournisseurs, notamment avec Infomaniak et les solutions Grist et n8n hébergées par Paquerette.eu.
Cette attention portée au numérique responsable dépasse la seule question de l’écoconception. Elle concerne aussi les usages émergents, à commencer par l’intelligence artificielle. Caroline Pruvost se dit très sensibilisée aux enjeux liés à l’IA, notamment grâce à son rôle d’animatrice de la Bataille de l’IA, un atelier de sensibilisation qui invite à questionner ses usages et ses impacts. Dans le cadre du projet présenté aux Trophées du Numérique, l’IA a notamment été utilisée comme aide à la programmation de l’automatisation.
Son conseil aux entreprises est également de ne pas laisser un prestataire imposer une solution simplement parce qu’il la maîtrise. Le choix technique doit rester la conséquence du besoin identifié.
Une vitrine qui ouvre la porte à de nouveaux usages
Le projet est récent et Caroline Pruvost ne dispose pas encore d’indicateurs permettant de quantifier ses résultats. Il serait donc prématuré de parler de gains mesurés en temps, en trafic ou en coûts.
Les premiers enseignements sont ailleurs. Le site permet de mettre en cohérence sa présence numérique avec sa démarche professionnelle, d’expérimenter une architecture plus sobre et de disposer d’un exemple concret qu’elle pourra mobiliser dans ses accompagnements.
Le travail engagé autour de Grist ouvre par ailleurs une suite logique. Caroline Pruvost et ses collègues ont commencé à développer leur propre CRM avec l’outil. À terme, celui-ci pourra accueillir de nouvelles fonctions, notamment autour du suivi des temps passés. La synchronisation automatisée des contacts avec Brevo est également prévue, dans la continuité du travail réalisé avec Grist et n8n.
L’objectif n’est donc pas de multiplier à nouveau les briques numériques, mais de les connecter progressivement lorsque l’usage le justifie. Le formulaire du site devient ainsi le point de départ d’un écosystème qui pourra évoluer avec les besoins de l’activité.
Une évolution qui résume bien la philosophie du projet : ne pas construire une « usine à gaz » dès le départ, mais ajouter des fonctionnalités lorsqu’un besoin réel apparaît.
Pour Caroline Pruvost, le numérique n’est finalement pas une fin en soi. Elle le compare volontiers aux grands outils qui ont structuré les époques précédentes : le cheval au XIXe siècle, puis la voiture au XXe. Aujourd’hui, le numérique occupe cette place incontournable. Son métier consiste justement à aider les organisations à apprendre à utiliser ce nouveau « véhicule ».
Et, comme pour tout véhicule, le plus puissant n’est pas toujours le plus adapté au trajet.

