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Mairie de Sainte-Savine : un site web qui fait ses preuves, un an et demi après sa mise en ligne

Déjà candidate aux Trophées du Numérique en 2025, la Ville de Sainte-Savine revient cette année dans la nouvelle catégorie « Collectivités et Associations ». Mais, cette fois, elle ne vient plus seulement présenter la refonte de son site internet. Mis en ligne en janvier 2025 après trois années de diagnostic, de préparation et de développement, l’outil a désormais passé l’épreuve du quotidien. Plus d’un an et demi après son lancement, la collectivité peut mesurer son appropriation par les habitants et les agents, enrichir les démarches proposées et tirer les premiers enseignements de ses choix numériques.

Un site qui ne reste pas sur la touche

En 2025, Sainte-Savine présentait un projet encore jeune. La commune venait de remplacer un site vieillissant, devenu difficile à administrer et peu lisible pour les usagers, par une plateforme WordPress pensée autour des démarches de service public. Un an et demi plus tard, le socle n’a pas changé. Mais les usages, eux, se sont installés.

État civil, passeports, informations administratives : les priorités identifiées lors de la conception correspondent bien aux besoins constatés depuis la mise en ligne. Surtout, le site est progressivement devenu un outil du quotidien. « On n’a pas le prisme des usagers quand on est agent », résume Julian Mauclair, chargé de communication de la Ville. Un principe qui continue de guider les évolutions : partir de ce que cherche l’habitant plutôt que de reproduire en ligne l’organisation interne de la mairie.

Cette logique porte aujourd’hui ses fruits. À l’état civil, 85% des rendez-vous sont désormais pris en ligne, contre 15% par téléphone. Entre 2025 et 2026, le délai moyen de première disponibilité est également passé de 6,98 à 3,24 jours. La Ville reste prudente : cette évolution ne peut pas être attribuée au seul site internet. Elle constate néanmoins que l’accueil et l’état civil sont beaucoup moins sollicités au téléphone.

Pour une collectivité, c’est un résultat très concret. Moins d’appels pour obtenir une information ou réaliser une démarche simple signifie aussi moins d’interruptions pour les agents et davantage de temps consacré aux dossiers qui nécessitent réellement leur intervention.

Des démarches qui gagnent du terrain

Depuis 2025, le site n’est pas resté figé. Les parcours et formulaires ont continué à évoluer pour intégrer davantage de démarches directement en ligne.

La réservation de salles en est un bon exemple. Auparavant, elle passait principalement par l’accueil et le téléphone, avec parfois un déplacement nécessaire pour fournir les pièces demandées. Le formulaire en ligne enregistre aujourd’hui entre 15 et 30 réservations par mois, soit potentiellement 180 à 360 démarches par an réalisées sans passer par ce parcours traditionnel.

La dématérialisation avance aussi sur d’autres terrains, avec des rythmes différents. Les associations peuvent déposer leurs demandes de subvention en ligne, même si le papier reste encore largement privilégié : trois dossiers ont emprunté le canal numérique cette année. L’enjeu est désormais moins technique que culturel. Le service existe ; il reste à mieux le faire connaître et à accompagner son adoption.

Une nouvelle démarche a également fait son apparition en 2026 : les demandes de bourses étudiantes. Pour cette première année de dépôt en ligne, environ 10% des étudiants recensés avaient déjà utilisé ce canal au moment de l’entretien, alors que les inscriptions restent ouvertes jusqu’à fin novembre. Pour les services, l’intérêt réside autant dans la possibilité offerte aux jeunes Saviniens de réaliser la démarche à distance que dans le suivi facilité des demandes.

Ces résultats illustrent aussi la philosophie retenue par la commune : la transformation numérique ne consiste pas à tout dématérialiser à marche forcée. Les usages sont observés, les outils ajustés et les canaux traditionnels restent disponibles lorsque les publics en ont besoin.

L’agenda, la bonne surprise du projet

Certaines évolutions ont dépassé les attentes initiales. C’est notamment le cas de l’agenda, devenu l’un des outils centraux du site web.

Les associations peuvent proposer leurs événements grâce à un formulaire, avant validation par le service Communication. Mais l’agenda ne leur est pas réservé. Les services Culture, Animation de la vie locale ou encore Enfance Jeunesse l’alimentent régulièrement. Les informations saisies servent ensuite à générer un agenda hebdomadaire transmis aux élus, aux agents et à la presse.

Pour les journalistes locaux, le site est ainsi devenu un point d’entrée pratique pour suivre les événements organisés dans la commune. Pour les équipes municipales, cette centralisation limite les ressaisies et permet à une information correctement renseignée d’être réutilisée à plusieurs endroits.

Cette logique vaut plus largement pour l’administration du site. Une vingtaine de profils de contribution ont été créés, essentiellement pour les directions de pôles et les responsables de service. Les droits sont adaptés aux responsabilités de chacun, tandis que le service Communication conserve la maîtrise éditoriale.

Le passage à WordPress a également simplifié la publication. Une actualité normée peut désormais être mise en ligne en environ cinq minutes une fois les textes et visuels disponibles. Les modèles assurent une présentation homogène, quel que soit le contributeur, tandis que les contenus dynamiques évitent de modifier plusieurs pages lorsqu’une même information évolue.

Ville Sainte-Savine

Mesurer moins, mais mesurer ce qui compte

Avec 1 500 à 2 000 visiteurs actifs comptabilisés chaque mois en moyenne, le site a trouvé son public. Ce chiffre doit cependant être lu avec précaution : il ne concerne que les internautes ayant accepté les cookies. Il constitue donc un plancher et non une mesure complète de l’audience. Un pic proche de 4 000 visiteurs sur trente jours a par ailleurs été observé entre août et septembre, à l’occasion de la rentrée scolaire et de « La Ruée vers l’Autre », l’un des événements phares de la commune.

Mais Sainte-Savine ne cherche pas à transformer son site municipal en machine à statistiques. Par défaut, aucun traceur ni outil d’analyse d’audience n’est activé. Les visiteurs qui le souhaitent peuvent consentir à certains cookies via le bandeau Axeptio, mais la Ville ne cherche pas à connaître leur profil, leur genre ou leur comportement individuel de navigation.

Ce choix limite forcément la finesse des données disponibles. Il est assumé. Dans une logique de service public, la commune préfère observer des indicateurs directement liés à l’efficacité du service : nombre de démarches réalisées en ligne, évolution des appels, délais de traitement, retours des agents ou éventuelles difficultés signalées par les habitants.

Autrement dit, la question n’est pas tant de savoir combien de pages un internaute consulte que de savoir s’il trouve ce qu’il est venu chercher.

L’innovation, c’est aussi savoir renoncer

Le recul acquis depuis 2025 permet également à Sainte-Savine de distinguer les bonnes idées sur le papier des outils réellement pertinents à l’usage.

La commune a ainsi poussé sa réflexion sur l’intelligence artificielle jusqu’au test d’une API de chatbot intégrée à WordPress. L’expérimentation n’a finalement pas été conservée. Les réponses pouvaient être pertinentes, mais pas suffisamment régulièrement. L’outil est par ailleurs devenu payant et son intégration alourdissait la page d’accueil, avec un possible impact sur le temps de chargement.

Plutôt que de maintenir une fonctionnalité simplement parce qu’elle utilise une technologie innovante, la Ville a préféré y renoncer pour le moment.

La réflexion n’est pas abandonnée pour autant. Une FAQ automatisée ou un assistant reposant sur des réponses cadrées pourrait offrir une solution plus légère. L’objectif reste le même : apporter rapidement une réponse fiable à l’usager, sans complexifier inutilement le site ni collecter davantage de données.

Une solution pourrait être testée fin 2026 si elle répond à ces exigences et reste financièrement raisonnable. Dans le cas contraire, la réflexion attendra 2027. Le site répondant déjà aux besoins prioritaires, la collectivité ne considère pas le sujet comme urgent.

Accessibilité et sobriété : ne pas promettre plus que ce qui est fait

Cette prudence se retrouve dans la manière dont Sainte-Savine aborde l’accessibilité. La commune ne revendique ni conformité parfaite au RGAA ni label qu’elle n’aurait pas obtenu après audit. Elle cherche en revanche à intégrer concrètement l’accessibilité dans la conception et les évolutions du site.

Des fonctions permettent notamment d’adapter le contraste ou d’utiliser un masque de lecture. Animations, couleurs et modules sont également envisagés en tenant compte de leur impact sur la lisibilité et sur le poids des pages.

Des tests avec l’APF et du matériel adapté restent à mener. L’absence de retours négatifs, notamment de la part des associations concernées, est encourageante, mais elle ne remplace pas une évaluation dédiée. Pour Julian Mauclair, une collectivité doit tendre vers le maximum d’accessibilité et faire preuve d’exemplarité, sans revendiquer ce qui n’a pas été vérifié.

La même approche vaut pour la cybersécurité et la souveraineté numérique. L’hébergement est réalisé en France et la Ville examine les modules et plateformes externes utilisés. Là encore, sobriété, protection des données et efficacité du service sont pensées ensemble.

Un investissement pour un outil qui doit durer

Le projet représente un budget d’environ 25 000 euros, enveloppe qui a été respectée après ajustement du périmètre. Pour Sainte-Savine, l’enjeu n’était pas seulement de financer un nouveau site, mais de disposer d’un outil capable d’évoluer et d’être maintenu en interne.

Le diagnostic et le cahier des charges ont été réalisés par Cyllene, tandis que l’Agence Adverti a assuré le développement, puis la maintenance du site, notamment grâce à l’accompagnement de Fanchon Urbès, accompagnement qui se poursuit encore aujourd’hui. La Ville avait volontairement dissocié ces deux missions afin de consacrer suffisamment de temps à la définition des besoins avant d’aborder la réalisation technique.

Avec le recul, cette préparation reste l’un des enseignements majeurs du projet. Cartographier les services, comprendre leurs particularités, construire l’arborescence et se placer du point de vue de l’usager ont demandé autant d’attention que le développement lui-même.

C’est aussi précisément ce recul qui différencie la candidature 2026 de celle présentée un an plus tôt. Sainte-Savine ne montre plus seulement ce qu’elle voulait faire : elle peut désormais observer ce que les habitants et les agents font réellement de l’outil.

La prochaine étape sera donc moins spectaculaire qu’une nouvelle refonte : continuer à améliorer l’arborescence, simplifier les parcours, développer l’usage des démarches encore peu connues et éviter que le site ne vieillisse à nouveau.

Car c’est peut-être le principal enseignement de cette deuxième candidature : un projet numérique ne s’achève pas le jour de sa mise en ligne. C’est à partir de ce moment-là qu’il commence réellement à faire ses preuves.

Propos recueillis par Martine POUGAUD