L’UTT connecte cinq universités pour débattre de l’AI Act
Nominée au Trophée Coup de cœur cybersécurité et Intelligence Artificielle, l’Université de technologie de Troyes (UTT) défend un projet pédagogique européen qui fait du numérique à la fois un outil et un sujet de réflexion. En 2026, une quarantaine d’étudiants issus de cinq universités européennes ont participé à une simulation parlementaire consacrée à l’AI Act, le règlement européen sur l’intelligence artificielle. Pendant près de deux mois, ils ont travaillé ensemble à distance avant de se retrouver une semaine en présentiel pour défendre leurs positions, négocier et expérimenter, grandeur nature, les rouages du débat européen.
D’une idée étudiante à un projet européen
À l’origine du projet, il y a deux étudiants et une idée proposée en 2023 : faire vivre aux élèves une simulation du fonctionnement des institutions européennes. Une première édition est organisée à l’université Hochschule Darmstadt, en Allemagne, autour du Green Deal. Peu à peu, l’initiative prend de l’ampleur et devient un véritable programme pédagogique hybride, intégré à l’alliance universitaire européenne EUT+ – European University of Technonogy dont l’UTT est cheffe de file.
Le projet adopte un format « Blended Intensive Program » financé par Erasmus+ : environ deux mois de cours et de préparation en ligne, suivis d’une semaine intensive en présentiel. Le cercle s’élargit également. Trois universités participaient initialement au programme ; elles sont désormais cinq, avec des étudiants venus d’Allemagne, de Chypre, de France, d’Italie et de Roumanie.
Pour l’édition 2026, le choix s’est porté sur un sujet au cœur de l’actualité numérique européenne : l’AI Act. L’intelligence artificielle n’est donc pas seulement utilisée ou observée de loin. Elle devient la matière même du débat.
À distance, mais jamais chacun dans son coin
Faire travailler simultanément une quarantaine d’étudiants et plusieurs équipes pédagogiques répartis dans cinq pays pose une difficulté très concrète : comment créer un espace de travail commun avant même que les participants puissent se rencontrer ?
C’est ici que le numérique devient la colonne vertébrale du projet. Pendant près de deux mois, un Moodle, plateforme de partage de ressources pédagogiques structure la préparation à distance, incluant un outil de visioconférence, des forums et différents espaces d’échange. Les étudiants peuvent ainsi avancer ensemble sur le fonctionnement des institutions européennes, les partis politiques et le contenu de l’AI Act.
Sans ces outils, l’expérience aurait difficilement pu dépasser les frontières d’une université.
Auparavant, les établissements menaient davantage leurs propres initiatives. Le dispositif numérique permet au contraire de mutualiser les approches, de confronter les points de vue et de construire progressivement un travail commun entre étudiants et enseignants de plusieurs pays.
Cette organisation donne au numérique une double place. Il rend d’abord le projet possible, en abolissant la distance pendant la phase de préparation. Mais il est aussi au centre de la réflexion, puisque les étudiants doivent comprendre et débattre de la manière dont l’Union Européenne entend encadrer l’intelligence artificielle.
L’AI Act passé au vote
Après ces semaines de préparation derrière les écrans vient le moment de passer du numérique à la mise en situation. Les étudiants se retrouvent pendant une semaine pour donner vie au travail construit à distance.
Répartis entre 7 partis politiques, ils doivent parfois défendre des positions très éloignées de leurs propres convictions. Un exercice qui les oblige à comprendre un argument avant de chercher à le porter. En début de semaine, un cours d’éloquence dispensé par une enseignante-chercheuse chypriote les prépare également à la prise de parole. Puis vient le temps des discours, des négociations et des résolutions.
Le jeudi constitue l’un des moments les plus marquants : en tenue formelle et pleinement ancrés dans leur rôle, les étudiants prononcent leurs discours avant de négocier pendant plusieurs heures. Tout le travail réalisé en ligne prend alors une forme très concrète.
L’édition 2026 a également été ponctuée de visites, avec notamment un passage au Campus Cyber à La Défense, où les étudiants ont rencontré des chercheurs travaillant sur les enjeux d’une IA sans biais, sécurisée et souveraine, ainsi qu’une réception au Sénat.
Une équipe européenne pour faire tomber les frontières
Derrière le dispositif numérique, le projet repose avant tout sur une équipe. Un noyau de six personnes (deux à la Hochschule Darmstadt – Allemagne, deux à l’UTT et deux à la Cyprus University of Technology – Chypre) a permis de construire rapidement une vision commune, en réunissant des compétences et des cultures différentes. Cette interdisciplinarité se retrouve chez les étudiants, venus notamment de l’ingénierie, du marketing et du business.
Les principaux obstacles n’ont d’ailleurs pas concerné l’adhésion au projet, mais son organisation. Il a fallu faire cohabiter les calendriers de cinq universités, intégrer le programme dans leurs cadres pédagogiques respectifs et faire reconnaître le travail réalisé par les étudiants. Le programme permet finalement de valider 5 crédits ECTS.
Une mécanique qui n’est pas sans rappeler le sujet étudié par les participants. Comme dans la construction européenne, chacun arrive avec son cadre et ses contraintes, et le collectif doit trouver le terrain permettant d’avancer ensemble.
Think Human First : du numérique certes, mais surtout de l’humain
Au-delà de la compréhension de l’AI Act, l’exercice fait émerger des discussions sur l’engagement citoyen, l’importance du vote ou encore la nécessité de s’informer sur les programmes politiques. La simulation devient ainsi un outil d’apprentissage plus large : les étudiants ne se contentent pas d’étudier l’Europe, ils expérimentent les compromis, les désaccords
L’UTT souhaite désormais pérenniser cette expérience sous la forme d’un projet pédagogique annuel et la faire circuler entre les universités partenaires. La prochaine édition pourrait être accueillie à Chypre ou en Italie, tandis que la réflexion se poursuit sur les futures thématiques et l’ouverture à de nouveaux partenaires.
L’ambition dépasse toutefois l’organisation d’un rendez-vous annuel. Le projet doit contribuer à incarner l’ADN de l’alliance EUT+ et sa devise, « Think Human First ». Derrière les plateformes, l’intelligence artificielle et les outils collaboratifs, l’objectif reste de former des ingénieurs capables de replacer les technologies dans leur environnement humain, politique et sociétal.
C’est aussi ce qui donne sa cohérence à la candidature de l’UTT aux Trophées du Numérique : montrer qu’une innovation numérique ne se résume pas nécessairement à développer un nouvel outil. Ici, le numérique permet de créer un espace pédagogique européen qui n’aurait pas pu fonctionner de la même manière sans lui, tandis que l’IA devient l’objet d’un débat critique, collectif et concret. Une façon de faire entrer la technologie dans l’hémicycle pour mieux apprendre à décider de la place qu’on souhaite lui donner dans la société.

