Success Stories

À près de 20 kilomètres, un troupeau piloté en toute sérénité

Loin des clichés d’une agriculture ultra-connectée, l’EARL de la Fontaine Saint Martin démontre que quelques outils numériques bien choisis peuvent transformer le quotidien d’un élevage. Candidats au Trophée de l’Agriculteur, Gérard RENAULT et son fils Jean RENAULT ont mis en place un dispositif permettant de gérer à distance le pâturage de leurs vaches sur une prairie située à près de 20 kilomètres de leur exploitation. Un projet à la fois simple, ingénieux et pensé pour améliorer le bien-être des animaux, préserver la qualité des prairies et redonner un peu de sérénité à nos candidats.

Une excellente prairie… mais trop éloignée pour être exploitée facilement

Depuis longtemps, cette parcelle faisait partie des meilleures prairies de l’exploitation. La qualité de son sol et la richesse de son herbe représentaient un véritable atout pour nourrir le troupeau. Pourtant, son éloignement limitait son utilisation : les déplacements fréquents et les inquiétudes liées à leur sécurité rendaient le pâturage difficile à envisager.

Fort d’une expérience acquise en Irlande, Jean RENAULT, ingénieur agronome spécialisé en élevage, a souhaité repenser complètement l’organisation de cette parcelle. Inspiré par des pratiques observées en Écosse, en Irlande et en Nouvelle-Zélande, il imagine avec son père une solution qui combine pâturage tournant et outils numériques afin de gérer le troupeau à distance sans compromettre la qualité du suivi.

Le pâturage tournant : laisser l'herbe repousser pour mieux nourrir le troupeau

Le projet repose d’abord sur un principe agronomique : le pâturage tournant.

Contrairement au pâturage continu, où les animaux restent sur une même grande prairie, la parcelle est divisée en plusieurs petites parcelles, qu’on appelle des paddocks. Les vaches changent régulièrement de zone afin de laisser à l’herbe le temps de repousser avant que celles-ci ne reviennent.

La parcelle est découpée en dix paddocks d’environ 0,5 hectare. Selon la saison et la vitesse de croissance de l’herbe, le nombre de paddocks intégrés dans la rotation évolue afin d’offrir aux animaux une herbe toujours jeune et de qualité tout en constituant des réserves au printemps.

Cette gestion plus précise améliore à la fois la valorisation de la prairie, sa fertilité et l’alimentation du troupeau (pour une meilleure croissance des vaches).

Le numérique au service d'un pâturage autonome

Pour rendre ce système compatible avec une parcelle située à près de 30 kilomètres de la ferme, Jean et Gérard ont déployé plusieurs équipements complémentaires.

Le premier est un Batt-Latch, un système d’ouverture automatique des clôtures électriques. Programmé sur place à l’avance, il ouvre seul le passage entre deux paddocks au jour et à l’heure choisis. Les animaux accèdent ainsi automatiquement à une nouvelle zone d’herbe fraîche sans intervention de l’éleveur.

Ce dispositif est complété par des caméras connectées, consultées quotidiennement. Elles permettent de vérifier que le troupeau va bien, de contrôler le niveau d’eau disponible et de recevoir une alerte en cas de présence humaine sur la parcelle. Une surveillance qui apporte une véritable tranquillité d’esprit lorsque les animaux pâturent aussi loin de l’exploitation. Lorsque la saison de pâturage prendra fin (vers le 1er décembre), ces mêmes caméras sont simplement déplacées dans les bâtiments d’élevage pour surveiller les vêlages, notamment pendant la nuit. Un même équipement accompagne ainsi les éleveurs tout au long de l’année.

L’alimentation en eau est quant à elle assurée par un système de pompage solaire automatique. Une pompe alimentée par des panneaux photovoltaïques et gérée par des capteurs remplit une réserve d’eau installée en hauteur. L’eau est ensuite distribuée par gravité vers l’abreuvoir mobile.

Pris séparément, ces équipements restent relativement simples. Mais ensemble, ils permettent de piloter efficacement un pâturage éloigné tout en limitant les déplacements.

Un quotidien simplifié pour les éleveurs

Avant la mise en place du projet, faire pâturer cette prairie aurait nécessité des allers-retours réguliers et une présence importante sur place. Cette parcelle n’était d’ailleurs utilisée historiquement que pour produire du fourrage.

Aujourd’hui, une seule visite hebdomadaire suffit pour déplacer l’abreuvoir mobile, préparer le Batt-Latch suivant et vérifier les installations. Le reste du temps, les contrôles s’effectuent à distance.

L’exploitation réalise ainsi des économies de carburant, réduit le temps consacré aux déplacements et peut reporter certaines interventions lors des périodes de forte activité. Au-delà du gain d’organisation, le dispositif apporte surtout davantage de sérénité. Les éleveurs savent que leurs animaux disposent d’eau, d’une herbe de qualité et qu’ils peuvent vérifier leur situation à tout moment sans parcourir plusieurs dizaines de kilomètres.

Une innovation simple, duplicable et tournée vers l'avenir

L’installation du dispositif a demandé une semaine de travail au printemps 2026, mais les résultats ont rapidement convaincu les éleveurs. Le projet leur permet aujourd’hui d’exploiter pleinement une prairie jusque-là sous-utilisée tout en ayant une gestion de l’herbe satisfaisante et sans impact sur le travail.

L’EARL de la Fontaine Saint Martin partage désormais régulièrement son retour d’expérience avec un groupe informel d’éleveurs venus de différentes régions de France, chacun s’inspirant des pratiques des autres pour faire évoluer ses propres méthodes. Pour eux, ce type d’installation est à la fois économiquement accessible et relativement simple à mettre en œuvre. Une fois le système en place, la gestion du troupeau devient même plus agréable, les interventions sur la parcelle étant mieux organisées et moins contraignantes.

Fort de cette première réussite, l’exploitation envisage désormais de déployer le même dispositif sur des parcelles plus proches de la ferme. Une nouvelle étape qui confirme qu’un projet numérique n’a pas besoin d’être complexe pour transformer durablement le quotidien des éleveurs !